Sur cette question simple, on pourrait se référer à Descartes, Aristote, Rousseau, Spinoza, Kant, etc... et nous pourrions disserter sur le sujet des pages durant ! Ce n'est absolument pas mon intention ici.
Dans mon cas, la passion pour la chasse sous-marine est née d'un ensemble d'expériences, qui, prises isolément, n'auguraient pas d'un tel résultat. Il y a d'abord les souvenirs confus d'un père qui plongeait le long des falaises rocheuses corses lors de l'été 1975 pour ramener des oursins. D'ailleurs, est-ce tant la mémoire de ces apnées paternelles ou la vue répétée durant mon enfance d'une ou deux photos couleur de ce bord de mer écrasé par le soleil et scintillant de reflets turquoises qui ont marqué mon esprit ?
Puis il y a eu ces années passées aux Etats-Unis entre l'age de 9 ans et 13 ans. Là-bas, dans le sud de la Géorgie, il faisait chaud l'été. Très chaud. Et les enfants passaient l'essentiel de leur temps dans l'eau des piscines, chez les uns et chez les autres. Pour ma part, on pouvait me trouver un masque rivé sur le visage. Au fond. C'était la grande époque des reportages de Cousteau. Mon masque était ovale, cerclé d'un espèce de serre-joint à vis, et ne laissait pas de place aux doigts pour se pincer le nez. Je crois que c'est une raison pour laquelle je réussis à effectuer la man½uvre de valsala (XX) sans l'aide des mains jusqu'à plusieurs mètres de profondeur. Avantage quand on a les mains prises, inconvénient lorsque l'on joue trop avec cette facilité « naturelle ».
Aux Etats-Unis, il n'y a pas eu que les piscines... nous partions régulièrement nager dans des sources ou rivières issues de sources dont les eaux cristallines offraient un terrain d'exploration fantastique au jeune plongeur que j'étais. Je me souviens notamment d'une rivière en Floride au nom indien tout aussi poétique qu'imprononçable, l'Itchnitukni River, que nous descendions sur de grosses chambre à air de tracteur. Ses eaux transparentes coulaient paisiblement au milieu d'une forêt subtropicale dense. Il nous fallait compter une grosse demi-journée de balade avant de regagner notre point d'arrivée. Pendant tout ce temps, j'étais dans l'eau, PMT, à jouer entre les longues algues, à tester ma capacité à plonger « profond » dans les trous de 3 à 4 mètres, à observer la vie sous-marine, et à éviter les quelques serpents d'eau - black watersnake, cotton mouth - que l'on ne manquait pas de croiser à chaque sortie.
La Géorgie était également un fabuleux environnement pour la chasse.... Tout le monde la pratiquait durant l'hiver. Soit à l'arme à feux, soit à l'arc. Les jeunes faisaient très (trop ?) tôt l'apprentissage du maniement des fusils de chasse (calibre 20 ou 12) et des carabines (Winchester 30-30, calibre 308, calibre 222, et autres). C'est ainsi que j'ai reçu mon premier 22 long rifle vers l'age de 11 ans. Je partais aussi avec mon voisin à la chasse au cerf ou avec mes amis d'école à la tourterelle ou bien encore tirer les serpents à sonnettes avec mon père dans la campagne voisine, du côté de « snake international », une zone réputée pour son nombre de crotales.
Cela nous éloigne-t-il vraiment de la pratique de la chasse sous-marine ? je ne le crois pas. La discipline indispensable au maniement d'une arme létale. La traque du gibier. La patience de l'approche. La visée. Et puis, ce moment indescriptible, où la raison et le mental doivent l'emporter sur l'adrénaline et les rêves de trophées accrochés au mur, sous peine de manquer son tir. Autant je n'ai plus pratiqué la chasse terrestre depuis ces années d'enfance, autant je crois qu'elles ont été fondamentales dans mon approche de la chasse sous-marine.
Plusieurs autres expériences, je crois, m'ont amené à la pratique de mon sport-passion. Il y a eu cet été passé aux Baléares, avec l'AROEVEN, association bordelaise organisant des vacances en camps d'ados. A Cala Santanyii, au sud de Majorque, vers l'age de 14 ans, je retrouvais les couleurs et les odeurs oubliées de ces fameuses vacances passées en Corse avec mes parents quelques années plus tôt. Après les séances de formation théorique et pratiques, j'ai ainsi pu effectuer mes premières plongées bouteille. Quel émerveillement de voir les myriades de sars et mostelles colorées venir nous manger directement dans la main les oursins ou coquillages cassés au fond. Et quelle école de maîtrise de soi lorsque nous avons préparé puis effectué notre plongée dans une longue grotte à l'extérieur de la Cala. Je pouvais aussi pratiquer l'apnée. Il y avait bien évidemment la concurrence inévitable entre ados. Je me souviens encore de la vexation de ne pas pouvoir remonter une palme coulée au fond de la cala que nous tentions à tour de rôle de récupérer. Elle était tombée du bateau de plongée et se trouvait probablement vers 12-15 mètres de fond. Je me rappelle encore la sensation de désespoir lorsque la fameuse palme, se trouvant à portée de main, mon profondimètre interne me sommait de regagner la surface ! cela aussi ça faisait partie de l'apprentissage. En apnée, ne jamais pousser les limites au-delà de ce que le mental nous autorise intuitivement de faire.
Après cela, les évènements me conduisant naturellement vers la chasse sous-marine se sont enchaînés. Le film Le Grand Bleu, qui a révélé au plus grand nombre que l'Homme pouvait plonger plusieurs minutes sans bouteille à des profondeurs impensables auparavant. Ses ballets sub-aquatiques sur fond de musique d'Eric Serra. Une féérie de couleurs, formes, gestes qui incitent au rêve et à la relaxation. Il m'arrive encore aujourd'hui assez fréquemment d'écouter la bande musicale du film pour m'endormir les soirs d'insomnie. Relaxation assurée ! il est rare que j'entende le dernier morceau !
Il y a eu aussi les récits de chasse sous-marine du père de mon ami d'enfance, Stéphane B. Bien qu'un peu rocambolesques et peut-être légèrement enflés ils m'ont néanmoins confirmé qu'il y avait de belles aventures à vivre en Gironde, sous l'eau, une arbalète à la main.
Les rencontres sont importantes aussi pour se forger une envie « d'y aller ». Mes amis Wilfrid P et Benoît B qui travaillaient dans la même entreprise que moi, à Mérignac, m'expliquaient leurs exploits sous-marins sur le bassin d'arcachon. C'est d'ailleurs de Wilfrid que j'entendis parler pour la première fois « d'agachon » et de « bruits de gorge ». Qu'est-ce que c'est ces trucs ? On arrive à prendre des bars sur le bassin ? et des araignées ? vraiment ?!?
Une chose était certaine : il fallait que j'essaie moi aussi. Non. Il fallait que je chasse !
Enfin, je crois qu'il faut de la persévérance pour se forger une passion. Mais vient-elle de la joie des premières réussites ? ou de la profonde conviction que l'on est fait pour ce sport, quoiqu'il arrive lors de nos premières plongées ?
Pour ma part ce fut plutôt la seconde de ces hypothèses qui caractérisa mon entrée dans le milieu de la chasse sous-marine. Avant d'aller plus loin dans ce blog et de partager avec vous quelques unes de mes expériences de chasse, et pour bloucler cette introduction sur la passion, il faut que vous sachiez quelle fût ma première sortie...
Seul. Tôt le matin. Pour ne subir aucune « pression ». Equipé d'une combinaison de surf bleue clair aux épaules rose fluo, d'une ceinture de plombs en nylon, d'un masque à très large optique, de palmes Decathlon de natation souples, d'une bouée dont je ne connaissais rien du maniement et dont le fil était entièrement déroulé, d'une arbalète 75cm... je me trouvais « fin prêt » (du moins je le croyais) pour aller affronter les poissons le long des empierrements du nord de Soulac dans le Médoc. Et ce, en effectuant une mise à l'eau depuis la plage, avec un bon mètre de houle. Une fois dans l'eau, cette première expérience a rapidement tournée au ridicule ! Les mouettes doivent s'en souvenir !! Visibilité de 0.5 mètres, ressac empêchant toute stabilisation dans l'eau, courant me repoussant immanquablement vers la plage, c'est-à-dire à l'opposé de l'endroit où je voulais me diriger. Bref, après 15-20 minutes de ce régime, je me retrouvais assis dans le sable, épuisé, et ayant appris ma première leçon : on ne chasse pas à partir du bord dans le Nord Médoc lorsqu'il y a du vent et de la houle ! Autre acquis, accessoirement, dans l'eau le maniement du matériel présente un bien plus grand challenge que je ne le pensais.
Cependant, comme vous le constaterez dans le reste de ce blog, loin de m'écoeurer ou de me contraindre à l'abandon, cette première mise à l'eau a aussi participé à me passionner pour la chasse. Je l'ai dit : il FALLAIT que je chasse.
Donc, les souvenirs d'enfance, les expériences diverses d'apnée et de maniement de fusils ou d'arcs, les rencontres, et même les premiers échecs ont contribué à forger ma passion. Du moins je le crois. A moins qu'elle n'était en fait encrée en moi depuis toujours. N'attendant qu'une série de prétextes pour émerger. Tel un souvenir réminescent d'un passé lointain où mes ancêtres devaient chasser pour se nourrir.
Fort de cette conviction et de cette envie d'apprendre à chasser, tout par la suite a renforcé ce besoin ; les images de fonds marins magnifiques, les souvenirs de gros poissons pris, mais aussi de ceux que j'ai loupés, l'odeur des embruns du large, le poids du poisson accroché à la ceinture en sortant de l'eau, et enfin les amis et la famille rassemblés autour de bons repas et de récits de chasse.